2025 Projet - Giulia Giacché , Baptiste Girault, et Pierre Levasseur

2025 Projet - Giulia Giacché , Baptiste Girault, et Pierre Levasseur

Étude mixte sur les préférences individuelles et les impacts alimentaires de l’agriculture urbaine : une analyse en concertation avec la Ville de Gennevilliers

FitAUN
© Atelier d’architecture autogérée & R-Urban (2018)

 

 

 

 

 

 

 

Illustrations : Plan du site d’agriculture urbaine de Gennevilliers (92) : l’Agrocité

Résumé : En mobilisant une approche pluridisciplinaire et des méthodes croisées, le projet FIT’AUN (Fonctions, impacts et trade-off de l’agriculture urbaine) explore les écarts entre les fonctions attendues des initiatives d’agriculture urbaine et leurs impacts réels sur le territoire. Dans un second volet, il visera également à identifier les leviers permettant de mieux valoriser ces projets aux différentes échelles, du site au quartier, jusqu’à la municipalité. À partir d’une étude de cas conduite dans un quartier prioritaire d’Île-de-France, où ont été collectées des données qualitatives (focus groupes) et quantitatives (enquête ménage), un Discrete Choice Experiment (DCE) analyse tout d’abord les préférences des résidents concernant l’aménagement et les fonctions souhaitées d’un site d’agriculture urbaine. Le projet propose ensuite une estimation chiffrée des effets de l’exposition potentielle à un tel site sur l’adoption de comportements alimentaires plus sains et durables, en s’appuyant sur un design quasi expérimental exploitant une discontinuité spatiale naturelle. L’étude montre que l’articulation de données qualitatives et quantitatives, et d’outils géomatiques et économétriques, associée à un protocole d’enquête co-construit avec les collectivités locales, constitue une approche particulièrement pertinente pour analyser et évaluer des initiatives locales.

Contexte : Les agricultures urbaines connaissent un essor important depuis le début du XXIᵉ siècle. Par leur multifonctionnalité, elles peuvent répondre à divers enjeux urbains — alimentaires, sociaux, environnementaux ou sanitaires — tout en s’adaptant à la diversité des attentes citoyennes. Cependant, les services (alimentation saine, lien social, biodiversité, …) et les disservices (occupation d’espace, coûts d’entretien…) qu’elles génèrent sont rarement quantifiés.

Résultats :  À partir d’une démarche empirique mixte associant plusieurs focus groupes et une enquête quantitative en porte-à-porte (n=770) menés dans des quartiers à différentes distance d’un site d’agriculture urbaine multifonctionnelle (<1km), deux approches d’analyse complémentaires ont été développées. Une expérimentation en choix discrets a permis d’évaluer les préférences des habitants selon différentes configurations possibles de projets d’agriculture urbaine (AU). Parallèlement, une évaluation d’impact quasi expérimentale exploitant la présence d’une discontinuité spatiale sur le territoire mesure les effets de l’exposition à un site d’agriculture urbaine sur les comportements alimentaires et la santé des populations. 

En ce qui concerne l’étude d’impacts, les premiers résultats montrent que l’exposition même indirecte à l’agriculture urbaine contribuerait à l’adoption de comportements alimentaires plus durable et plus sains au sein des zones urbaines à fort indice de déprivation sociale. Les effets sont particulièrement significatifs parmi les individus relativement moins pauvres et plus éduqués de l’échantillon, pour qui une consommation plus élevée d’aliments biologiques et un risque de surpoids réduit sont observés.

En ce qui concerne le DCE, nous avons pu constater que les habitants tendant à prioriser les aménagements d’agriculture urbaine face au statu quo (absence d’aménagement) dans leurs préférences en matière d’aménagements urbains, avec une attente pour la multifonctionnalité et une forte valorisation de la production alimentaire. Cette préférence augmente avec la taille des ménages et le niveau d'étude. Un résultat qui nous interroge est la réticence vis-à-vis d’une proximité directe à un site d’agriculture urbaine et une disposition à payer très faible par rapport à la littérature nord-américaine pour avoir accès à ce service écosystémique. Ce dernier résultat souligne la nécessité des financements publics pour garantir la pérennisation des sites d’agriculture urbaine.

Perspectives : La prochaine étape du projet consiste à étendre l’analyse à deux nouveaux sites d’agriculture urbaine : le site de l’Îlot et la « Ville nourricière » à Savigny-le-Temple. Ces deux terrains présentent des configurations contrastées en termes d’organisation, de géographie et de lien au territoire, offrant ainsi l’opportunité de tester la transférabilité des méthodes développées à Gennevilliers.

Valorisation : Les premiers résultats ont été présentés aux parties prenantes locales — élus, techniciens territoriaux, associations et gestionnaires du site — afin d’alimenter la réflexion collective et d’affiner leur interprétation.
Un article en cours de finalisation valorisera la méthode d’évaluation d’impact. Cette étude est également valorisée sous forme de conférences tous publics auprès des parties prenantes du projet (bailleurs sociaux et communes partenaires) et lors d’évènements plus larges (Salon des Maires de France, novembre 2025).
Un second article est en cours pour les DCE pouvant permettre d’enrichir la discussion dans la littérature scientifique qui porte davantage sur les jardins collectifs et les espaces verts.

Lien vers les métadonnées de l’enquête : https://doi.org/10.57745/KMYEQ1 

Mots-clés : Agriculture Urbaine, Synergies, arbitrages, fonctions, impacts